Télécharger le Book

La question piège : "Combien avez-vous de projets ?"

Posez cette question à un DSI lors d'un comité de direction. Observez. Il y a souvent un silence gêné. Puis une réponse prudente : "Une quarantaine... peut-être plus." Parfois un regard vers le PMO pour confirmation. Cette hésitation n'est pas de l'incompétence. Elle révèle un problème structurel que 70% des DSI partagent selon Gartner : l'absence de visibilité fiable sur le portefeuille réel.

Personne ne compte la même chose

Pour certains, un projet c'est ce qui a un chef de projet. Pour d'autres, tout ce qui est dans le PPM. Pour les équipes, c'est ce sur quoi ils travaillent - officiellement ou pas.

Les chiffres varient selon l'interlocuteur

Le PMO annonce 35. Le DSI dit 50. Le DG parle de "trop de projets". Et quand on creuse, on découvre 20 initiatives "hors radar" qui mobilisent des équipes.

Le Run se mélange au Build

Les évolutions "mineures", le run évolutif, les demandes "urgentes" qui s'empilent - tout ça consomme de la capacité sans être comptabilisé comme projet.

Si vous ne savez pas combien vous avez de projets, vous ne pouvez pas arbitrer. Et si vous ne pouvez pas arbitrer, c'est le chaos qui décide à votre place.

Les chiffres moyens : ce que disent les études

Il n'existe pas de norme universelle - et c'est normal. Le nombre de projets dépend du secteur, de la maturité IT, des ambitions de transformation. Mais plusieurs études et benchmarks de cabinets comme Gartner, McKinsey et Forrester donnent des ordres de grandeur utiles pour se situer.

Taille d'entreprise Nombre de projets Équipe IT Observation
PME (100-500 personnes) 10-25 projets 5-15 personnes IT Portefeuille souvent gérable, mais visibilité rarement formalisée
ETI (500-2000 personnes) 30-60 projets 30-80 personnes IT Zone critique : assez de projets pour perdre le contrôle, pas assez pour industrialiser
ETI large (2000-5000 personnes) 50-120 projets 80-200 personnes IT Gouvernance indispensable, mais souvent insuffisante
Grande entreprise (5000+ personnes) 100-500+ projets 200+ personnes IT Portefeuille fragmenté par BU/domaine, consolidation complexe

Sources : Gartner IT Key Metrics, Standish Group CHAOS Report, observations terrain Quarter Plan.

Attention : ces chiffres incluent ce qui est officiellement suivi. La charge réelle est souvent 30 à 50% supérieure.

Ce qu'on compte (et ce qu'on oublie)

Le nombre "officiel" de projets ne reflète jamais la réalité de la charge. Voici ce qui manque presque toujours.

Ce qu'on compte

  • Les projets avec un chef de projet dédié
  • Les projets dans le PPM avec budget alloué
  • Les projets validés en comité
  • Les projets avec planning formalisé

Ce qu'on oublie

  • Les "initiatives" métier qui mobilisent l'IT
  • Le run évolutif (évolutions "mineures" qui s'accumulent)
  • Les projets zombies (démarrés, jamais arrêtés)
  • Les POC et expérimentations qui s'éternisent
  • Les projets "d'infrastructure" invisibles des métiers
  • Les demandes "urgentes" traitées hors processus

Exemple terrain

Une ETI industrielle de 2500 personnes annonçait 42 projets. Après cartographie exhaustive : 73 initiatives consommant de la capacité IT. Soit 74% de plus que le chiffre officiel. Parmi ces 73 : 15 projets n'avaient jamais été arbitrés par la direction, 8 étaient des POC lancés depuis plus d'un an sans décision Go/NoGo, et 12 étaient du run évolutif déguisé en projet. Le DSI découvrait que 40% de sa capacité échappait au radar.

La première étape pour répondre à "combien de projets" est de tout mettre sur la table. Pas seulement ce qui est dans l'outil.

Le bon ratio projets/ETP : les recommandations

Plutôt que de compter en absolu, les praticiens expérimentés raisonnent en ratio. La question n'est pas "combien de projets au total" mais "combien de projets par personne capable de les porter". C'est la capacité humaine qui fixe la limite, pas la demande métier.

2-3 projets actifs par ETP
Pour les chefs de projet / PMO
Au-delà, la qualité du pilotage se dégrade
1 projet majeur + 1-2 mineurs
Pour les développeurs / experts techniques
Le context-switching coûte 20-40% de productivité
15-25 projets actifs
Pour une DSI de 50-70 personnes
Maximum soutenable sans saturation
25-40 projets actifs
Pour une DSI de 100-150 personnes
Avec gouvernance structurée et PMO dédié

La règle d'or

Si chaque personne de votre équipe travaille sur plus de 3 sujets en parallèle, vous avez trop de projets en cours. Ce n'est pas une question d'organisation ou de méthodologie - c'est une question de mathématiques cognitives. L'American Psychological Association a démontré que chaque changement de contexte coûte 15-25 minutes de remontée en puissance. Sur une journée avec 4 contextes différents, c'est 1 à 2 heures de productivité perdues.

Trop de projets : les signes qui ne trompent pas

Le portefeuille est saturé bien avant que quelqu'un ne le dise officiellement. Les symptômes sont visibles - mais souvent normalisés. On s'y habitue. On les attribue à autre chose : manque de ressources, complexité technique, turnover. En réalité, c'est presque toujours le même problème : trop de projets en parallèle.

!

Les délais explosent systématiquement

Chaque projet prend 2-3x le temps prévu. Pas parce qu'il est mal estimé, mais parce qu'il attend sans cesse.

!

Les équipes n'arrivent jamais à "finir"

Tout est "presque terminé" depuis des mois. Les derniers 10% prennent 50% du temps.

!

Les urgences deviennent la norme

Il y a toujours un sujet "critique" qui passe devant. L'exception est devenue la règle.

!

Les réunions de coordination se multiplient

De plus en plus de temps passe à synchroniser, arbitrer, débloquer. De moins en moins à produire.

!

La qualité se dégrade

Plus de bugs en production, plus de rework, des specs mal comprises. La dispersion génère des erreurs.

!

Les sponsors se plaignent (même si leur projet avance)

Car il n'avance pas assez vite. Et ils voient que d'autres projets "passent devant".

!

Le turnover augmente

Les meilleurs partent. Ils en ont assez de ne jamais terminer ce qu'ils commencent.

Si vous cochez 3 de ces signes ou plus, votre portefeuille est probablement saturé. La solution n'est pas de "mieux s'organiser". C'est de faire moins.

Le nombre optimal : moins que vous ne pensez

La question "combien de projets" appelle une réponse contre-intuitive : moins que ce que vous faites aujourd'hui.

Le paradoxe de Little

Lead Time = WIP / Throughput

Le temps moyen pour livrer un projet est égal au nombre de projets en cours divisé par le débit de livraison. Réduire le WIP réduit mécaniquement les délais - même sans changer le débit.

Situation actuelle

WIP : 45 projets en cours

Débit : 5 projets livrés/trimestre

Lead Time : 9 trimestres (27 mois)

Après limitation du WIP

WIP : 15 projets en cours

Débit : 5 projets livrés/trimestre

Lead Time : 3 trimestres (9 mois)

Pour une ETI classique (DSI de 50-80 personnes), le nombre optimal de projets "actifs" est entre 12 et 20. Pas 40. Pas 60. Entre 12 et 20.

"Mais on a 50 projets à faire !"

Vous avez 50 projets à faire. Vous n'avez pas besoin de les faire tous en même temps. Un backlog priorisé + un flux maîtrisé = plus de projets livrés sur l'année qu'avec 50 projets qui avancent tous à 10%.

L'approche Quarter Plan : visibilité totale, arbitrage assumé

Le Quarter Plan répond à la question "combien de projets" de manière structurée. Pas par un chiffre magique, mais par un mécanisme.

Visibilité totale

Tout ce qui consomme de la capacité est sur la table. Projets officiels, initiatives, run évolutif, POC. Pas de zone grise.

Limite explicite

Le Quarter Plan fixe un plafond : "Ce trimestre, on s'engage sur ces X projets". Le X est calibré sur la capacité réelle, pas sur les demandes.

Arbitrage assumé

Ce qui n'est pas dans le Quarter Plan est dans le backlog. C'est explicite. Le sponsor sait où il en est. Plus de fausses promesses.

Rythme trimestriel

Chaque trimestre, on réévalue. Des projets sortent, d'autres entrent. Le portefeuille reste calibré sur la capacité.

Résultat : vous savez exactement combien de projets vous gérez. Et ce nombre correspond à ce que vous pouvez réellement livrer.

Comment réduire votre portefeuille : le plan d'action

Vous êtes convaincu qu'il faut réduire. Mais comment faire sans provoquer une crise politique ?

Semaine 1-2

Cartographier tout

Listez absolument tout ce qui consomme de la capacité IT. Demandez aux équipes, pas seulement aux chefs de projet. Vous allez découvrir des surprises.

Output : Liste exhaustive de toutes les initiatives (attendez-vous à +30% vs chiffre officiel)
Semaine 3

Catégoriser

Pour chaque initiative : vraiment en cours ? En attente ? Zombie ? Le zombie, c'est le projet démarré il y a 18 mois dont plus personne ne parle mais qui n'a jamais été arrêté.

Output : 3 catégories : Actif / En attente / Zombie
Semaine 4

Tuer les zombies

Prenez la liste des zombies. Proposez au comité de les clôturer officiellement. C'est le gain facile - ces projets ne manqueront à personne.

Output : Réduction de 10-20% du portefeuille sans douleur
Mois 2

Définir la limite de WIP

Basez-vous sur votre capacité réelle. Règle simple : pas plus de 2-3 projets par personne. Calculez le maximum soutenable.

Output : Plafond de projets actifs (exemple : 20 pour une DSI de 60 personnes)
Mois 3

Premier Quarter Plan contraint

Pour le trimestre suivant, ne vous engagez que sur le nombre défini. Le reste va au backlog. C'est la première vraie décision.

Output : Quarter Plan avec limite respectée + backlog priorisé

La partie difficile

Ce n'est pas la méthodologie. C'est la conversation avec les sponsors dont le projet passe au backlog. Mais cette conversation est plus facile que de leur expliquer dans 18 mois pourquoi leur projet "prioritaire" n'a toujours rien livré.

Ce que vous pouvez attendre

Réduire le nombre de projets actifs produit des résultats mesurables.

-50%
de lead time moyen (les projets se terminent plus vite)
+40%
de taux de livraison (plus de projets terminés par trimestre)
+30%
de satisfaction sponsors (engagements tenus)
-60%
de temps passé en coordination/arbitrage

Ces résultats se voient après 2-3 trimestres. Le premier trimestre est le plus difficile - c'est là que les anciennes habitudes résistent.

Prêt à passer de l'intention à l'exécution ?

18 pages · PDF gratuit · Envoi immédiat