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Ce que vous cherchez (vraiment)

D'apres le PMI, 52% des organisations n'ont aucune visibilite sur leur capacite reelle de delivery. Vous ne cherchez pas la perfection. Vous ne cherchez pas un modele de capacite qui predit a 5% pres. Vous cherchez quelque chose de beaucoup plus simple :

La comparabilité des options. Pouvoir dire : "Le projet A coûte environ 2× plus que le projet B en capacité" — même si les chiffres absolus sont faux de 30%.

Un modèle de capacité "utile pour décider" répond à 3 questions :

1

Combien de capacité ai-je ce trimestre ?

2

Combien coûte (grosso modo) chaque projet ?

3

Est-ce que ça rentre ?

Si vous pouvez répondre à ces 3 questions avec une précision de ±30%, vous avez un modèle suffisant pour arbitrer.

Les deux erreurs classiques

Erreur 1 : Pas de modèle

"On n'a pas le temps d'estimer, on verra bien."

Conséquences :

  • Impossible de comparer les options
  • Arbitrages "au feeling"
  • Surcharge chronique
  • Projets qui s'éternisent

Erreur 2 : Modèle trop détaillé

"On va tout estimer à la journée près avec un WBS complet."

Conséquences :

  • Temps d'estimation démesuré
  • Illusion de précision
  • Modèle jamais à jour
  • Personne ne le maintient

Le bon niveau est entre les deux : assez de détail pour distinguer les projets entre eux, pas plus.

Calculer la capacité disponible

La capacité disponible, ce n'est pas le nombre de personnes × le nombre de jours. C'est la capacité réellement mobilisable sur des projets.

Formule simple

Capacité nette = ETP × Jours ouvrés × Facteur de disponibilité

ETP

Équivalents temps plein. Attention aux temps partiels, aux personnes partagées entre équipes, aux prestataires à disponibilité variable.

Jours ouvrés

Environ 60-65 jours par trimestre selon les congés. Enlevez les jours fériés, les ponts, les fermetures.

Facteur de disponibilité

Typiquement 0.6 à 0.7. Tient compte de : réunions, support, formation, absences, imprévus, "run" non-projet.

Exemple

10 ETP × 60 jours × 0.65 = 390 jours/homme de capacité projet ce trimestre

Pas 600. 390. La différence, c'est la réalité.

Estimer la charge des livrables

L'estimation de charge se fait en deux temps : d'abord découper le projet en livrables par équipe et par quarter, puis estimer chaque livrable. C'est cette granularité qui permet d'arbitrer.

Étape 1 : Découper en livrables (WBS)

Un livrable = ce qu'une équipe produit sur un quarter pour un projet. Une équipe peut avoir plusieurs livrables par quarter sur un même projet.

Exemple : Refonte CRM

Équipe Quarter Livrables Sizing
Équipe Backend Q1 API Contacts, API Opportunités M + L
Équipe Backend Q2 API Reporting, Intégration ERP M + M
Équipe Frontend Q1 Interface Contacts L
Équipe Frontend Q2 Interface Reporting, Dashboard L + M
Équipe Data Q2 Migration données existantes XL

Chaque ligne = un livrable identifié, estimable, assignable.

Étape 2 : T-shirt sizing sur chaque livrable

Une fois les livrables identifiés, estimez chacun avec une taille T-shirt :

S

5 jours

Livrable simple, périmètre clair, peu de dépendances

M

10 jours

Livrable standard, complexité moyenne

L

20 jours

Livrable conséquent, plusieurs composants ou intégrations

XL

40 jours

Livrable majeur — envisager de le découper si possible

Si un livrable dépasse XL, c'est qu'il faut le redécouper en plusieurs livrables.

Affiner par analogie

"Ce livrable ressemble à celui qu'on a fait pour le projet X. Il avait pris 15 jours. Celui-ci est un peu plus simple, disons M (10 jours)."

La règle du ×1.5

Si vous n'avez aucune donnée historique, prenez l'estimation intuitive et multipliez par 1.5. C'est un bon proxy de la réalité.

Le niveau de détail recommandé

Assez pour distinguer :

Projets lourds vs légers

Un projet S (20j) ne mobilise pas les mêmes ressources qu'un projet L (100j). L'arbitrage doit voir cette différence.

Goulots d'étranglement

Si 3 projets ont besoin de l'architecte en même temps, c'est un problème. Le modèle doit le montrer.

Dépendances majeures

Le projet B ne peut pas démarrer avant que A soit fini. Le modèle doit le refléter pour éviter les plannings fictifs.

Pics de charge

Si 80% de la capacité est mobilisée en mois 2 et 20% en mois 3, c'est un problème de lissage. Le modèle doit le montrer.

Pas besoin de plus. Un modèle qui montre ces 4 choses est suffisant pour arbitrer.

Construire le modèle en pratique

1

Listez vos ressources

Par profil (dev, archi, chef de projet, testeur...). Avec leur disponibilité réelle ce trimestre.

2

Calculez la capacité nette

ETP × jours × 0.65. Par profil si vous avez des goulots (ex: 1 seul architecte).

3

Découpez et estimez vos projets

Découpez chaque projet en livrables par équipe/quarter, puis T-shirt sizing sur chaque livrable. Ajoutez 30-50% de marge.

4

Comparez charge vs capacité

Total des charges estimées vs capacité disponible. Si charge > capacité, il faut arbitrer.

5

Identifiez les goulots

Y a-t-il un profil qui est sur-sollicité ? Une ressource critique partagée entre trop de projets ?

Outils : gardez ça simple

Excel / Google Sheets

Recommandé pour commencer

Un tableau avec : projets en lignes, mois en colonnes, charges par cellule. Total en bas, capacité à côté. Simple, visible, partageable.

Outil PPM dédié

Si vous l'avez déjà

Utilisez-le si vous en avez un et qu'il est adopté. Mais n'achetez pas un outil pour ça. Le modèle est plus important que l'outil.

Usine à gaz custom

À éviter

Un fichier Excel de 47 onglets avec des macros que personne ne comprend. Si le modèle est plus complexe que le problème, simplifiez.

Maintenir le modèle dans le temps

Un modèle de capacité n'a de valeur que s'il est à jour. Voici un rythme réaliste :

Mensuel (15 min)

Actualiser l'avancement des projets en cours. Ajuster les estimations si dérive constatée.

Trimestriel (2h)

Révision complète avant le QBR. Nouvelle capacité pour T+1. Estimation des nouveaux projets candidats.

Annuel (demi-journée)

Calibration du modèle. Comparaison estimations vs réel de l'année. Ajustement des facteurs (×1.5 peut devenir ×1.8 si vous sous-estimez systématiquement).

Les pièges à éviter

La fausse précision

"Ce projet prend 127,5 jours." Non. Ce projet prend "entre 100 et 150 jours". Afficher une fausse précision crée de fausses attentes.

Oublier le "run"

Le support, la maintenance, les urgences de production. Si vous ne les comptez pas, votre capacité projet est surestimée de 30-40%.

Ignorer les dépendances

Deux projets de 50 jours peuvent prendre 6 mois si le premier dépend du second. Les charges ne s'additionnent pas toujours linéairement.

Ne pas réviser

Un modèle de capacité figé devient faux en 3 mois. Si vous ne le mettez pas à jour, autant ne pas en avoir.

Checklist du modèle minimum viable

Si vous avez ces 7 éléments, vous avez un modèle suffisant pour arbitrer. Le reste est optionnel.

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