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La scène que vous connaissez

Vous êtes en comité de direction. Vous demandez au DSI : "Quelles sont les 3 priorités IT pour ce trimestre ?" La réponse arrive, polie mais frustrante : "En fait, tout est prioritaire. Le projet ERP est critique, mais le CRM aussi. Et la cybersécurité ne peut pas attendre. Sans parler de la refonte du site e-commerce que le commerce attend depuis 6 mois."

Vous : "Je comprends, mais il faut bien choisir. On ne peut pas tout faire."
DSI : "Justement, c'est le problème. Chaque projet a un sponsor au CODIR. Si j'en décale un, je vais avoir le DG Métier concerné sur le dos."
Vous : "Alors faites-moi une matrice de priorité."
DSI : "Je vous l'ai envoyée le mois dernier. Mais quand le DAF a vu que son projet passait en P2, il a appelé directement pour dire que c'était inacceptable."

Fin de la discussion. Rien n'est arbitré. Tout reste "prioritaire". Et dans 3 mois, vous serez surpris de constater que les projets clés ont encore pris du retard.

Pourquoi c'est frustrant (et légitime)

Votre frustration est parfaitement légitime. En tant que DG, vous avez besoin de :

Visibilité

Savoir ce qui va réellement sortir ce trimestre

Arbitrage

Pouvoir dire "ça, c'est plus important que ça"

Engagement

Une liste fermée sur laquelle on s'engage

Responsabilité

Quelqu'un qui assume les choix

Ce que vous obtenez à la place : une liste de 40 projets tous étiquetés "prioritaires", des délais qui glissent sans explication claire, et l'impression que personne ne prend de décision.

Demander "quelles sont les priorités ?" à quelqu'un qui n'a pas le pouvoir d'arbitrer, c'est lui demander de résoudre un problème politique avec des outils techniques.

Ce que le DSI essaie vraiment de vous dire

Quand votre DSI répond "tout est prioritaire", il ne dit pas que tout a la même importance. Il dit autre chose, qu'il ne peut pas toujours formuler directement :

"Tout est prioritaire"
signifie
"Chaque projet a un sponsor puissant au CODIR, et je n'ai pas le pouvoir de les arbitrer les uns contre les autres."
"On fait au mieux"
signifie
"Je n'ai pas de visibilité claire sur notre capacité réelle, donc je ne peux pas m'engager sur des dates."
"C'est complexe"
signifie
"Les dépendances entre projets font que décaler l'un impacte tous les autres."
"Il faudrait plus de budget"
signifie
"Le vrai problème n'est pas l'argent, c'est qu'on me demande de faire 150% de ce qu'on peut faire."

Le DSI n'est pas incompétent. Il est coincé dans un système où tout le monde peut ajouter des projets, mais personne n'a le mandat de les retirer.

Le piège de la priorisation sans capacité

Voici ce qui se passe dans la plupart des organisations :

1
Chaque direction demande des projets IT
2
La DSI dit oui à tout (ou presque) pour ne froisser personne
3
On crée une "matrice de priorité" où tout est P1 ou P2
4
Les équipes travaillent sur tout en parallèle
5
Tout avance lentement, rien ne se termine
6
Le CODIR demande des comptes, le DSI répond "tout est prioritaire"

Prioriser sans connaître sa capacité réelle, c'est comme faire une liste de courses sans connaître son budget : on met tout dans le panier et on est surpris à la caisse.

Les chiffres sont édifiants :

  • Une DSI moyenne a 3x plus de projets "en cours" que sa capacité réelle
  • Seulement 35% des projets IT sont livrés dans les délais initiaux
  • Le multitasking réduit la productivité effective de 20 à 40%

Pourquoi le DSI ne peut pas prioriser seul

Demander au DSI de prioriser, c'est lui demander de :

  • Décider que le projet du DAF est moins important que celui du DRH
  • Dire non à un membre du CODIR sans backup de la direction générale
  • Assumer seul des arbitrages qui sont par nature des décisions business
  • Résister à la pression quand un sponsor appelle directement

Ce n'est pas un problème de courage ou de compétence. C'est un problème de mandat. Le DSI gère des ressources techniques. Les arbitrages business doivent être pris au niveau business.

Exemple vécu

Un DSI d'ETI industrielle avait établi une priorisation claire : 4 projets P1, 8 projets P2. En 6 semaines, les 8 P2 étaient redevenus P1 après interventions directes des sponsors. À la fin du trimestre, aucun des 12 projets n'était terminé. Le DSI a été blâmé pour "manque de livraison".

Le problème n'est pas que le DSI ne sait pas prioriser. C'est que l'organisation n'a pas de mécanisme pour rendre les priorités décidées et tenues.

La question qui débloque tout

Voici une question simple qui change la dynamique :

"Si notre DSI ne pouvait livrer que 3 projets ce trimestre, lesquels choisirions-nous ?"

Cette question force plusieurs choses :

Elle confronte à la réalité

On ne peut pas tout faire. Le nier ne change pas la réalité, ça la subit.

Elle collectivise l'arbitrage

Ce n'est plus le DSI qui décide seul, c'est le CODIR qui assume.

Elle crée un engagement

Si on choisit 3 projets ensemble, on s'engage ensemble sur leur réussite.

Elle rend le non possible

Dire "pas ce trimestre" devient acceptable quand c'est une décision collective.

Le dialogue change :

DG : "Si on ne fait que 3 projets, lesquels ?"
DAF : "L'ERP, évidemment."
DRH : "Et la refonte du SIRH, on la décale encore ?"
DSI : "Avec notre capacité actuelle, je peux m'engager sur l'ERP, le projet cybersécurité (obligation légale), et un projet au choix entre SIRH et CRM."
DG : "Commercial, le CRM peut attendre un trimestre ?"
DC : "Si c'est un vrai engagement sur Q2, oui."

En 10 minutes, vous avez fait ce qui ne se faisait pas depuis des mois : un vrai arbitrage, assumé collectivement.

L'approche Quarter Plan : forcer l'arbitrage par la capacité

Le Quarter Plan est un mécanisme simple qui résout ce problème structurellement :

On ne priorise pas les projets par leur importance théorique. On les sélectionne par ce qu'on peut réellement faire en un trimestre.

Comment ça fonctionne

1

Mesurer la capacité réelle

Combien de jours-homme disponibles ce trimestre ? Pas théorique, réel. En retirant le run, les absences, les imprévus.

2

Estimer les projets candidats

Chaque projet est estimé en charge. Pas en valeur, en charge. Combien ça consomme de capacité ?

3

Construire des scénarios

Avec cette capacité, on peut faire A+B+C, ou A+D, ou B+C+E. Voici les options.

4

Arbitrer au CODIR

Le CODIR choisit un scénario. Ce choix devient le Quarter Plan. C'est un engagement collectif.

5

Tenir la ligne

Pendant le trimestre, tout nouveau projet entre au backlog. Il sera arbitré au prochain Quarter Plan. Pas avant.

Le Quarter Plan ne dit pas "ça c'est plus prioritaire". Il dit "voilà ce qu'on s'engage à livrer ce trimestre". La nuance change tout.

Comment installer un vrai mécanisme de priorisation

Vous pouvez mettre en place ce mécanisme en 4 étapes, sur 2 à 3 mois :

Semaine 1-2

Cartographier la réalité

  • Lister tous les projets en cours (les vrais, pas juste les officiels)
  • Estimer la charge restante de chacun
  • Identifier les "zombies" (projets gelés qui consomment encore de la capacité mentale)
  • Calculer la capacité réelle (pas théorique) de la DSI
Semaine 3-4

Construire les scénarios

  • Regrouper les projets par domaine ou par sponsor
  • Créer 3 scénarios réalistes pour le prochain trimestre
  • Pour chaque scénario, lister ce qui est inclus ET ce qui ne l'est pas
  • Préparer les arguments pour et contre chaque scénario
Semaine 5

Organiser l'arbitrage

  • Présenter les scénarios au CODIR
  • Expliquer que choisir un scénario = ne PAS faire les autres
  • Obtenir un accord collectif sur le scénario choisi
  • Formaliser : le Quarter Plan est signé par le DG et le DSI
Semaine 6+

Installer le rythme

  • Toute nouvelle demande va au backlog (pas d'exception)
  • Revue mensuelle : où en est le Quarter Plan ?
  • T-3 semaines : préparation du Quarter Plan suivant
  • Bilan trimestriel : qu'a-t-on livré vs engagé ?

Attention

Le premier trimestre sera inconfortable. Des sponsors vont pousser pour des exceptions. La tentation sera forte de "juste ajouter ce petit projet". Résistez. Si vous cédez une fois, le mécanisme perd toute sa force.

Ce que ça change pour vous

Une fois le mécanisme en place, voici ce qui change concrètement :

Avant

"Tout est prioritaire"

Apres

"Voici les 5 projets du trimestre, voici les 12 qui sont au backlog"

Avant

"Les délais ont glissé"

Apres

"On a livré 4 projets sur 5, le 5e sera au prochain trimestre"

Avant

"C'est la faute de la DSI"

Apres

"Le CODIR a choisi ces priorités ensemble"

Avant

"Il faudrait plus de budget"

Apres

"Avec notre capacité actuelle, voici ce qu'on peut faire"

Avant

"Je ne sais pas où on en est"

Apres

"Le Quarter Plan est à 80%, on est dans les temps"

Les organisations qui adoptent cette approche constatent :

60-70%
de taux de livraison (vs 35% en moyenne)
-50%
de projets "en cours" simultanément
2h
d'arbitrage trimestriel (vs des semaines de négociation)

Le vrai gain n'est pas la productivité. C'est la clarté. Vous savez ce que vous faites, ce que vous ne faites pas, et pourquoi.

Prêt à passer de l'intention à l'exécution ?

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