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Le rituel annuel que vous connaissez

C'est le mois de septembre ou octobre. Votre DSI arrive avec ses prévisions budgétaires. Et comme chaque année, le chiffre vous fait sursauter.

+20%. Parfois +30%. Rarement moins de +15%. La discussion qui suit est toujours la même : le DSI explique pourquoi c'est nécessaire. Vous demandez des détails. Il sort des tableaux Excel incompréhensibles. Vous négociez. Il accepte de 'faire des efforts' — tout en prévenant que ça va 'impacter la capacité de livraison'.

Vous validez un chiffre entre les deux. Ni lui ni vous n'êtes satisfaits. Et surtout : vous n'avez aucune certitude sur ce que ce budget va réellement produire.

Ce rituel se répète chaque année. Le budget augmente. Les plaintes des métiers restent les mêmes. Et vous n'avez toujours pas de visibilité sur le retour sur investissement.

Ce que vous vous demandez vraiment

Derrière la discussion budgétaire, il y a des questions que vous n'osez pas toujours formuler directement.

Est-ce que ces demandes sont justifiées ?

Ou est-ce que le DSI gonfle systématiquement ses besoins pour avoir de la marge ?

Comment savoir si on en a pour notre argent ?

Le budget a doublé en 5 ans. Les métiers se plaignent toujours autant. Où passe l'argent ?

Que se passe-t-il si je refuse ?

Le DSI prédit des catastrophes. Mais est-ce du chantage ou de la réalité ?

Pourquoi les autres entreprises semblent faire mieux avec moins ?

On vous dit que les budgets IT augmentent partout. Mais certains semblent plus efficaces.

Ces questions sont légitimes. Le problème, c'est que vous n'avez pas les éléments pour y répondre. Et le DSI, souvent, ne peut pas vous les donner.

Pourquoi le budget IT augmente (et c'est souvent justifié)

Avant de chercher à couper, comprenons pourquoi les budgets IT augmentent structurellement.

L'inflation technologique

Les licences cloud augmentent de 5-8% par an. Les salaires des profils IT augmentent de 6-10% par an. À périmètre constant, le budget augmente mécaniquement.

+5 à 10% par an juste pour maintenir l'existant

La sécurité devenue non négociable

Les exigences de cybersécurité ont explosé. RGPD, NIS2, ransomwares. Ce qui était optionnel il y a 5 ans est aujourd'hui obligatoire. Et ça coûte.

15-20% du budget IT consacré à la sécurité (vs 5% il y a 10 ans)

La dette technique accumulée

Les choix techniques d'hier se payent aujourd'hui. Applications vieillissantes à maintenir, migrations obligatoires, obsolescence accélérée.

20-40% du budget IT absorbe la dette technique

Les nouveaux besoins métier

Digitalisation, data, IA, mobilité. Les attentes des métiers croissent plus vite que la capacité IT. Chaque année apporte son lot de nouvelles demandes.

+30-50% de demandes métier supplémentaires par an

Ces facteurs sont réels. Un DSI qui demande 0% d'augmentation ment probablement — ou laisse la dette technique s'accumuler dangereusement.

Mais aussi : ce que le budget cache

Le DSI a souvent de bonnes raisons de demander plus. Mais il y a aussi des choses qu'il n'explicite pas toujours.

Les projets zombies

10-20% du budget

Des projets démarrés il y a 2 ans, jamais officiellement arrêtés. Ils consomment du budget 'maintenance' sans produire de valeur.

Le multitâche improductif

30-40% de capacité gaspillée

Vos équipes travaillent sur 4-5 sujets en parallèle. Une partie significative de leur temps est perdue en changements de contexte.

Les urgences non planifiées

15-25% de la capacité détournée

Une part du budget 'projets' sert en réalité à absorber les urgences et demandes ad hoc. Ce n'est pas visible dans les lignes budgétaires.

La couche de prestataires

Coût jour x1.5 à x2 vs interne

Pour compenser le manque de capacité (réel ou perçu), on ajoute des prestataires. Qui coûtent plus cher et nécessitent du management.

Selon McKinsey, 30 à 40% des budgets IT sont gaspillés en projets qui n'aboutissent pas, en multitâche improductif et en changements de priorités non maîtrisés.

Le DSI ne ment pas quand il dit avoir besoin de plus. Mais une partie de ce 'plus' sert à compenser des dysfonctionnements systémiques.

Le vrai problème : vous n'avez pas de visibilité

Le problème fondamental n'est pas le montant du budget. C'est l'absence de lien clair entre le budget et les résultats.

Pas de traçabilité

Vous savez que vous avez dépensé 8M euros. Vous ne savez pas précisément ce que ces 8M ont produit comme valeur business.

Pas de comparaison possible

Est-ce que 8M c'est beaucoup ou peu pour votre taille ? Vous n'avez pas de benchmark fiable, et chaque entreprise est différente.

Pas de prédictibilité

Si vous donnez 10M l'an prochain, qu'est-ce qui sera livré ? Le DSI vous donne une liste de projets, pas des engagements.

L'analogie du restaurant

Imaginez un restaurant qui vous dit : 'L'addition sera entre 50 et 150 euros, je vous dirai à la fin ce que vous avez mangé.' Vous n'accepteriez jamais. C'est pourtant ce que font la plupart des DSI avec leur budget.

Le problème n'est pas de savoir si le DSI a raison de demander plus. Le problème est que vous ne pouvez pas vérifier ce que ce budget produit.

Les mauvaises réponses à cette situation

Face à la demande budgétaire récurrente, plusieurs réactions sont tentantes. Elles sont toutes problématiques.

Couper arbitrairement

'Tu demandes +25%, je te donne +10%'. Sans savoir ce que ça impacte réellement. Le DSI coupe là où c'est le moins visible — souvent la maintenance et la dette technique. La facture arrive 2-3 ans plus tard.

Bombe à retardement technique

Tout accepter

'Le DSI sait ce qu'il fait, je lui fais confiance'. Mais sans mécanisme de contrôle, le budget augmente indéfiniment. Et les résultats ne suivent pas proportionnellement.

Budget qui explose sans amélioration visible

Externaliser massivement

'On va passer en TMA, ce sera plus simple'. L'externalisation transfère le problème, elle ne le résout pas. Et elle ajoute une couche de complexité contractuelle.

Perte de maîtrise + coûts cachés

Changer de DSI

'Le problème, c'est lui'. Le nouveau DSI arrive avec les mêmes contraintes systémiques. Après 18 mois, il demande aussi +20%.

Problème intact, temps perdu

Ces réponses traitent le symptôme (le montant demandé), pas la cause (l'absence de lien budget-résultats).

La bonne question : 'Si je te donne X, qu'est-ce que tu me livres ?'

La vraie question n'est pas 'Combien tu veux ?' C'est 'Qu'est-ce que tu t'engages à livrer si je te donne ce montant ?'

Discussion classique

  • DSI : 'J'ai besoin de 10M'
  • DG : 'Pourquoi ?'
  • DSI : 'Voici la liste des coûts et projets'
  • DG : 'C'est trop, tu peux faire 8M ?'
  • DSI : 'OK mais ça va impacter...'
  • Résultat : 8M votés, aucun engagement clair

Discussion orientée résultats

  • DG : 'Qu'est-ce qu'on doit absolument livrer l'an prochain ?'
  • DSI : 'Voici les 5 priorités business'
  • DG : 'Et le reste ?'
  • DSI : 'Voici 3 scénarios avec leurs impacts'
  • DG : 'Je prends le scénario B à 9M'
  • Résultat : 9M avec une liste d'engagements précis

Ce que le budget devrait financer clairement

Catégorie% typiqueCe qu'on doit savoir
Run (maintien en conditions)40-50%Quels systèmes, quel niveau de service
Sécurité et conformité15-20%Quelles obligations couvertes
Dette technique10-15%Quels risques réduits
Projets business20-30%Quels livrables, quelles dates
Innovation/expérimentation0-5%Quels sujets explorés

Un budget IT doit être comme un contrat : des moyens en échange d'engagements mesurables. Pas un chèque en blanc contre des promesses vagues.

L'approche Quarter Plan : budget lié aux engagements

Le Quarter Plan transforme la discussion budgétaire en créant un lien explicite entre les moyens alloués et les résultats attendus.

Visibilité sur la capacité réelle

Avant de discuter budget, on mesure ce que l'organisation peut réellement faire. Pas la capacité théorique — la capacité productive après déduction du run, du support, du multitâche.

Scénarios comparables

Au lieu de négocier un chiffre, on compare des scénarios. 'Avec 8M on fait A, B, C. Avec 10M on ajoute D et E. Avec 12M on accélère F.' Le DG choisit en connaissance de cause.

Engagements trimestriels

Le budget annuel se décline en engagements trimestriels. Chaque trimestre, on sait ce qui doit être livré. On mesure ce qui l'a été. Impossible de se cacher derrière 'on avance'.

Boucle de feedback

En fin de trimestre : qu'avons-nous livré vs engagé ? Si le taux est bon, le budget est justifié. S'il est mauvais, on comprend pourquoi et on ajuste.

Ce que ça change concrètement

  • Le DSI s'engage sur des livrables, pas juste des moyens
  • Le DG peut vérifier trimestriellement que le budget produit des résultats
  • Les écarts sont détectés en 3 mois, pas en 12
  • La discussion budgétaire devient factuelle, pas politique

Comment arbitrer le budget IT : méthode concrète

Voici comment transformer votre prochaine discussion budgétaire.

Etape 1

Demandez la ventilation réelle

Exigez une décomposition du budget en 5 catégories : run, sécurité, dette technique, projets, innovation. Pas des lignes comptables — des catégories de valeur. Vous allez découvrir où va vraiment l'argent.

Etape 2

Identifiez ce qui est non négociable

Le run, la sécurité obligatoire, la conformité réglementaire : c'est le socle. Combien ça représente ? Ce montant est incompressible sauf à accepter des risques majeurs.

Etape 3

Challengez la partie projet

Sur les projets, demandez : 'Si on ne fait que la moitié, lesquels ?' Forcez une liste de priorité réelle, pas une liste où tout est numéro 1.

Etape 4

Exigez des engagements mesurables

Pour chaque projet retenu : quelle date de livraison ? Quels critères de succès ? Comment saurons-nous que c'est livré ? Pas de 'on avancera sur' — des engagements.

Etape 5

Installez un suivi trimestriel

Convenez d'une revue trimestrielle : engagé vs livré. Pas pour sanctionner — pour ajuster. Si le Q1 montre 60% de réalisation, le Q2 doit être recalibré.

37% de capacité récupérée = budget mieux utilisé

Les organisations qui adoptent cette approche ne réduisent pas forcément leur budget. Elles l'utilisent mieux.

37%
Capacité récupérée en moyenne
En éliminant le gaspillage systémique (zombies, multitâche, urgences)
85%
Taux de réalisation des engagements
Contre 55-60% dans les organisations non gouvernées
2h
Durée de l'arbitrage trimestriel
Au lieu de semaines de négociation budgétaire
0%
Surprise en fin d'année
Car les écarts sont détectés et traités chaque trimestre

Exemple concret

Une ETI de 2500 personnes dépensait 11M en IT avec un taux de livraison de 45%. Après mise en place du Quarter Plan : même budget, taux de livraison à 82%. L'équivalent de 4M de capacité 'retrouvée' — sans embauche ni prestataire supplémentaire.

La question n'est pas 'Combien dépenser ?' mais 'Comment s'assurer que ce qu'on dépense produit des résultats ?'

Prêt à passer de l'intention à l'exécution ?

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